Délivré Dans un Moment du Temps

Même Alcatraz ne l’a pas changé…Mais c’est Le Calvaire.

par Charles Lohrbauer

Je suis né en Norvège, dans une famille très respectée, et j’avais tout pour réussir dans la vie. Pourtant, arrivé à l’âge de seize ans, j’étais devenu un soûlard, et à vingt-et-un ans un malfaiteur. Je falsifiais des chèques et des billets de banque et me retrouvai en faillite avec des dettes de plusieurs milliers de dollars en valeur d’aujourd’hui. Quand mes méfaits furent découverts, j’aurais pris la voie du suicide si mon père ne m’avait pas arraché le fusil des mains.

Je me suis marié, puis j’ai eu deux fils. A plusieurs reprises, j’ai promis à ma femme que j’abandonnerais ma vie de pécheur, mais j’étais prisonnier et lié par les chaînes du péché. Le diable jouait au ballon avec moi et je ne pouvais plus regarder mes innocents enfants dans les yeux. J’ai fui la Norvège pour aller en Amérique, laissant mes parents, ma femme et mes jeunes fils souffrir de l’humiliation que j’avais apportée.

Je fus marin, pendant un temps, à bord de vieilles goélettes en bois. Là, mon tempérament de criminel fit vite valoir ses droits. Lorsque j’avais bu quelques verres, c’était comme si un tigre, à l’intérieur de moi, voulait se battre et faire des histoires. Quand je devins incorrigible sur le bateau, ils m’enchaînèrent dans la soute pendant un mois. Là en bas, j’ai dit « Il n’y a pas de Dieu ». Je Lui ai demandé de me tuer s’Il existait. J’ai lancé le défi à Dieu de me porter un coup mortel, mais en Sa miséricorde, Il n’en fit rien.

Non seulement il ne me porta pas de coup mortel, mais Il ne laissa même pas le démon m’arracher à la vie. J’ai plusieurs fois sombré au plus profond et j’étais à deux pas de la mort mais Dieu protégea ma vie. il voulait sauver mon âme.

Je me suis engagé dans l’armée pendant la guerre hispano-américaine. Pendant que j’étais militaire, on m’a mis en prison pour avoir menacé un officier, et envoyé à Alcatraz. Mais les prisons, les chaînes de forçats, les murs de rochers, et même la détention cellulaire n’ont pas réussi à me transformer en un être décent. Étendu dans ma cellule, je comptais les rivets et me tapais la tête contre les vieux barreaux métalliques en criant:  » Pas d’issue! Pas de moyen d’en sortir!  » Là, en réclusion cellulaire, je me mettais à penser à ma femme et mes enfants et au chagrin que je leur avais infligé, et des remords écrasants me rongeaient l’âme.

Après que j’eus purgé mes trois années de peine, on me remit en liberté avec cinq dollars. Je n’avais pas touché à une goutte d’alcool pendant trois ans, et je pensais que, après ma sortie de prison, je serais débarrassé de cette habitude. Les barreaux de la prison m’avaient-ils corrigé? Non! Aussitôt que je vis les bars, une envie incontrôlable s’empara de moi. En l’espace de six heures, j’étais revenu dans les antres du péché, le tigre de l’alcool bouillonnant en moi, et mes cinq dollars envolés.

Je fréquentai bientôt des hommes et des femmes avilis par le péché, dans le quartier de Bowery à New York et celui de Barbary Coast à San Francisco. Du Canada au Mexique, les policiers me connaissaient comme « Charlie, le soûlard ». Mon nom devint une épithète dans les rues. Je pense que j’étais un des hommes les plus possédés du démon qui ait jamais battu le pavé. A près de cinquante ans, je traînais dans les caniveaux la plupart du temps et cherchais à manger dans les poubelles. Les yeux injectés de sang et le visage bouffi, j’étais descendu plus bas qu’une bête.

Sans la miséricorde de Dieu, j’aurais été aux Enfers par la corde du bourreau peut-être ou par le suicide. A Portland en Oregon, quand je traversais un des ponts et regardais en bas la Willamette, je me disais: “ Quand je ne supporterai plus tout ça, j’en finirai avec la vie. » Mais le peuple de Dieu apparut entre moi et le tombeau du suicidé.

Pas beaucoup d’hommes trouvent leur chemin vers un rassemblement de rue de la façon dont ça m’est arrivé. Une nuit, dans un bouge, on me prit ma chemise et mes chaussures en échange de whisky et de cocaïne. Puis un videur de cent vingt kilos me jeta du bar à coups de pied, et j’atterris sur le trottoir plein de boue, sous les rires et les huées de la bande. Mais quand je me remis sur mes vieux pieds nus, j’entendis des gens chanter:  » Jésus sauve! Jésus sauve! » Alors que je me pressais à travers la foule pour voir qui chantait, je me mis à penser: “Est-ce possible? Jésus sauvera-t-il un pécheur comme moi, un criminel bon à rien? »

Les gens qui chantaient m’ont dit que Jésus voulait encore des hommes – aucune question ne leur était posée- et qu’il y avait encore de la place pour mon nom dans Le Livre de la Vie de Dieu. Ils m’ont dit aussi que je pouvais trouver Jésus. J’ai trouvé le chemin de leur salle paroissiale. Mon cerveau paralysé par l’alcool, affamé et très faible, je trébuchai et tombai à travers la porte. C’est ainsi que le vieux « Charlie, le soûlard » arriva parmi le peuple de Dieu pour la première fois.

Cette nuit-là, j’ai entendu la voie pour sortir du péché. J’ai entendu les témoignages d’hommes et de femmes qui parlaient du pouvoir de Dieu de rompre les fers de Satan, et de les amener à vivre pour Lui. J’ai entendu dire que le pouvoir de Dieu pouvait transformer une vie, que ça ne pouvait pas se faire par des réformes et des bonnes résolutions, mais que Jésus Christ avait le pouvoir de nous sauver de nos péchés. Je me suis assis dans le fond, et Dieu Tout-Puissant a lutté avec mon âme. Pour la première fois de ma vie, j’ai vu qu’il y avait de l’espoir.

Après le service, des chrétiens sont revenus vers moi, les larmes aux yeux et m’on dit: « Voulez-vous nous laisser prier pour vous? » Ils n’ont pas eu à me traîner à l’autel, ce soir-là, je m’y suis précipité. Je n’avais pas versé une larme depuis des années, mais j’ai pleuré ce soir-là, et j’ai prié du fond du coeur: “ Pitié, ayez pitié! Jésus, ayez pitié de moi! » Dieu, pour l’amour de Christ, entendit ma prière, et retira de mon coeur le fardeau du péché. J’étais libéré! J’avais été flanqué à la porte d’un bar à coups de pieds, pour me retrouver, grâce à Dieu, dans les bras de Jésus.   

Je m’étais adonné à la boisson pendant trente années, et en un instant cette habitude disparut de ma vie. Je me suis retrouvé dans la rue le lendemain matin, sans argent, sans travail et nulle part où aller, mais je n’étais pas dans un bar. La porte du bar s’ouvrit, mais je me suis dirigé vers les docks où nous amarrions nos embarcations. Quand j’y suis arrivé, je me suis agenouillé pour louer Dieu car j’avais parcouru les rues d’un bout à l’autre sans aucune envie d’alcool.

J’ai remonté la rue et rencontré un policier. Combien de fois j’avais dû rendre des comptes aux policiers sur ce que j’avais fait et où j’avais été. Je tremblais de peur quand ils m’interrogeaient. Cependant, ce matin, en haillons mais avec la paix de Dieu dans mon coeur, j’ai pu le regarder en face. Quand il me demanda: “Où étiez-vous hier soir? », je lui répondis: “J’étais dans une assemblée de l’Église de la Foi Apostolique. »

« Et maintenant, d’où venez-vous? » demanda-t-il, ce à quoi j’ai répondu: “d’en bas sur les docks, prier Dieu. Je n’ai pas pris de verre ce matin ». Ce policier, les larmes aux yeux, me dit: “Bonne route, Charlie. »

Aucun policier n’eut jamais plus de problème avec moi. J’étais une énigme pour la police. Un jour, on demanda au vieux sergent qui m’amenait habituellement au poste: “Où est ce vieil ivrogne? La boisson l’a-t-il enfin tué, ou a-t-il quitté la ville? »

 « Non », répondit-il, « il a de bons vêtements sur le dos et il est en train de prier Dieu, au coin de la rue. Je l’ai vu un matin, et il est passé tout droit devant le bar ».

Ces policiers m’avaient dit qu’un jour je finirais par la potence. Ensuite, ils ont dit: “Il retombera »: Mais les années sont passées et je ne suis jamais retourné à cette ancienne vie. J’avais goûté la pureté des eaux du salut, et je me fichais de la boisson car il est écrit « Il finit par mordre comme un serpent et par piquer comme un basilic » (Proverbes 23:32). J’étais entré en contact avec le Christ du Calvaire.

Ma famille n’avait pas eu de mes nouvelles depuis des années, et croyait que j’étais mort. Après dix années de correspondance, ma femme vint en Amérique pour me rencontrer et voir si ce que je lui avais dit était réellement vrai. C’était une femme raffinée et très estimée, et quand elle vit le merveilleux changement de ma vie, elle ressentit soudain le besoin du même salut. Le même Dieu qui avait sauvé son ivrogne de mari dix ans auparavant, la sauva aussi.

Depuis, j’ai eu le privilège d’accompagner des évangélistes dans les mêmes lieux où j’avais été si notoire. Je raconte mon histoire dans les prisons et aux mêmes coins de rues où jadis, les policiers avaient l’habitude de me mettre les menottes aux poignets. Les gens me demandent: “Charlie, comment sais-tu que ce changement a pris place dans ta vie? » et je réponds: “Que vous dire de plus que ‘je sais’ ? » Comme je remercie Dieu de m’avoir rendu libre et d’avoir la grâce de Son salut dans mon coeur!

 

Durant des années, Charles Lohrbauer travailla et vécut parmi les gens de l’Eglise de la Foi Apostolique à Portland en Oregon. La grâce divine illuminait son visage quand il racontait l’histoire de sa rencontre avec Jésus et sa délivrance d’une vie de péché. Il commençait souvent par ses mots: “Jésus sauve! Jésus sauve! » Vers la fin de sa vie, Charlie et sa femme retournèrent dans leurs pays natal. Là, en Norvège, il travailla comme missionnaire jusqu’à ce que le Seigneur le rappela à lui au ciel, à l’âge de quatre-vingts ans. Il voulait que tout le monde sache que chaque vile habitude avait été rompue et qu’il avait été racheté. Il n’eut jamais plus à être connu comme « Charlie, le soûlard ».